L’échafaudage en hiver : neige, verglas et gel
En janvier, un chantier n’a plus le même visage. Le matin, une pellicule de givre couvre les planchers acier ; à midi, le sol ramollit sous les socles ; la nuit, tout regèle. L’échafaudage lui-même ne change pas, mais tout ce qui se passe dessus et dessous change. La neige ajoute du poids, la glace supprime l’adhérence, le gel travaille le sol. Reste un sujet souvent sous-estimé : déneiger un toit quand l’échafaudage est en place.
La neige pèse sur les planchers
Chaque échafaudage de travail appartient à une classe de charge définie par la NF EN 12811-1 : 0,75 kN/m² en classe 1, 1,50 kN/m² en classe 2, 2,00 kN/m² en classe 3, soit en gros 75, 150 et 200 kg par mètre carré de plancher. La neige entre dans cette charge. Or la neige fraîche et poudreuse est légère, mais elle se tasse, s’humidifie et devient lourde en quelques jours.
| Type de neige | Masse volumique, ordre de grandeur | Charge pour 10 cm d’épaisseur |
|---|---|---|
| Poudreuse fraîche | 50 à 100 kg/m³ | 5 à 10 kg/m² |
| Neige tassée | 200 à 300 kg/m³ | 20 à 30 kg/m² |
| Neige mouillée ou ancienne | 300 à 500 kg/m³ | 30 à 50 kg/m² |
| Glace | environ 900 kg/m³ | environ 90 kg/m² |
Exemple : sur un échafaudage de peintre en classe 2, 25 cm de neige mouillée représentent déjà près de 100 kg/m², les deux tiers de la charge admissible, avant que quiconque n’y monte avec ses outils et ses seaux. En classe 1, la neige lourde peut à elle seule atteindre la limite. Les détails figurent dans l’article classes de charge et de largeur.
Conséquence pratique : on déneige les niveaux avant d’y travailler ou d’y déposer du matériel, en veillant à ne rien faire tomber sur le niveau inférieur ni sur les passants.
Bâches, auvents et toitures provisoires
Plus délicate encore : la neige sur des surfaces qui ne sont pas faites pour être chargées. Un auvent au-dessus d’un trottoir arrête les chutes d’objets, il n’est pas prévu pour accumuler la neige pendant des jours. Une bâche qui se creuse entre deux cadres forme une poche où l’eau de fonte gèle et où la neige suivante s’entasse. Pour une toiture provisoire, la notice du fabricant indique la charge de neige admissible et, en général, la hauteur à partir de laquelle il faut déneiger : ces valeurs s’imposent. Sur une couverture bâchée, on déneige tôt, depuis un poste de travail sûr en rive, jamais debout sur la bâche.
Verglas et givre : l’ennemi invisible
Les planchers acier perforés ou emboutis restent assez adhérents sous la pluie. Sous le givre ou la glace, beaucoup moins. Le danger vient surtout de ce qui ne se voit pas : un film de glace après une bruine verglaçante, l’eau de ruissellement de la façade qui gèle sur les niveaux bas, la glace sur les barreaux d’échelle.
- Sable ou gravillons plutôt que sel : le sel accélère la corrosion de l’acier galvanisé et attaque l’aluminium. S’il en a été utilisé, rincez les pièces à l’eau claire à la fin de l’hiver.
- Balayer au dégel : sable et gravillons oubliés au printemps roulent sous les pieds comme des billes.
- Accès d’abord : échelles, trappes et escaliers sont déneigés et traités en premier, puisque tout le monde y passe.
- Gants adhérents : les lisses de garde-corps sont souvent gelées.
Le responsable sur place décide si le travail peut commencer un matin de verglas. Si la glace ne peut pas être supprimée, on attend. Les alertes neige-verglas de Météo-France aident à anticiper.
Gel et dégel : le sol bouge
Un sol gelé porte très bien. Le problème commence au dégel : l’eau transformée en glace a soulevé et ameubli la terre ; en fondant, elle la laisse molle, et les socles peuvent s’enfoncer. Avec des alternances répétées, un pied peut d’abord se soulever puis s’affaisser, ce qui répartit mal les charges dans toute la structure. Les zones les plus sensibles :
- sols argileux ou limoneux dans un jardin ou sur un terrain non stabilisé ;
- remblais récents le long d’une construction neuve ;
- endroits où arrive l’eau d’une descente ou de la fonte du toit ;
- pavages posés sur une assise mal compactée.
Les remèdes : des cales de répartition assez grandes, posées sur le sol porteur et non sur une couche de neige ou de glace ; le déneigement sous les pieds avant le montage ; des descentes d’eau déviées loin des socles. Après chaque période de gel ou de redoux prolongée, les vérins sont contrôlés et réglés si nécessaire, et l’échafaudage revérifié comme après tout événement susceptible d’en affecter la sécurité ; voir l’article vérifications de l’échafaudage.
Ancrer par temps froid
Les amarrages reposent sur des pitons et des chevilles. Par grand froid, les chevilles plastique deviennent cassantes, les résines de scellement durcissent beaucoup plus lentement et ont une température minimale de mise en œuvre, et l’humidité peut geler dans le trou de perçage, de sorte que la cheville tient dans la glace et non dans la pierre. La règle : les prescriptions du fabricant de chevilles s’appliquent aussi en hiver, températures et temps de durcissement compris. Les trous sont soufflés et contrôlés. Un essai de traction des ancrages posés par temps froid est d’autant plus utile ; la méthode est décrite dans l’article ancrer un échafaudage.
Bâcher et chauffer : le chantier d’hiver
Pour que l’enduit, le mortier ou la colle ne gèlent pas, on bâche souvent l’échafaudage et on chauffe l’intérieur. Cela change profondément la structure :
- Vent : une bâche fermée prend tout le vent. L’ancrage doit avoir été dimensionné pour un habillage bâché, sinon le bâchage est une modification à faire valider et vérifier.
- Incendie : les appareils de chauffage respectent la distance aux bâches et aux matériaux combustibles fixée par leur fabricant ; les bâches doivent avoir un comportement au feu adapté.
- Gaz de combustion : un chauffage au gaz ou au fioul dans un espace clos peut produire du monoxyde de carbone en quantité dangereuse. Ventilez ou choisissez des appareils électriques ou à combustion indirecte.
- Condensation : l’air chaud et humide se dépose sur l’acier froid ; le matin, les planchers sont mouillés ou glacés côté intérieur.
Monter, démonter et déneiger le toit
Avec le froid et les journées courtes, comptez plus de temps pour le montage comme pour le démontage, et prévoyez un bon éclairage, surtout aux accès. Au démontage, les pièces collées par le gel ne se libèrent pas au marteau : laissez-les dégeler ou dégagez-les avec soin, gardez l’ordre de démontage et balisez la zone en dessous. Le matériel rentré mouillé doit sécher avant d’être stocké serré. Les tubes et cadres dont les trous d’évacuation sont bouchés peuvent retenir de l’eau qui, en gelant, gonfle ou fend le tube : ces pièces sont écartées. Séchage, tri et rangement : voir entretenir et stocker son échafaudage.
Reste la tentation de passer par l’échafaudage pour déneiger le toit. Deux dangers sont à distinguer : la chute de la personne et la chute de la neige. Un échafaudage de façade arrêté sous l’égout ne retient personne. Seul un échafaudage équipé d’une paroi de protection couvreur dépassant l’égout joue ce rôle, ou bien un point d’ancrage avec équipement antichute, dont l’usage demande une formation. Et une plaque de neige mouillée qui glisse frappe la paroi et le plancher de recueil d’un seul coup : ils sont conçus pour arrêter une personne et de petits objets, pas une avalanche de toit. Dans la pratique :
- se demander si le déneigement est vraiment nécessaire ; pour une toiture terrasse ou un hall, l’avis d’un bureau d’études ou d’une entreprise spécialisée s’impose ;
- baliser le trottoir et la zone sous l’égout avant de commencer ;
- travailler par petites quantités, du haut vers le bas, pour éviter qu’une grande plaque ne parte d’un bloc ;
- envoyer la neige au-delà de l’échafaudage, vers la zone balisée, et déblayer aussitôt ce qui tombe sur les niveaux ;
- contrôler ensuite la paroi, le plancher de recueil et l’auvent ; les lanterneaux et plaques translucides cachés sous la neige ne portent pas.
Pour compléter un équipement d’hiver, amarrages, bâches ou éléments de protection, consultez nos éléments d’échafaudage d’occasion.